Allo, Maman, bobos…

2015-10-07-11-50-12
Brocante arlésienne

Et si on parlait Bobos? Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dès lors que vous avez passé Paris (au mieux sa Petite Couronne), les Bobos n’existent plus. Rayés de la carte. Dans la tête de bien des Provinciaux (qu’ils soient bretons, bourguignons,provençaux, ou qu’ils vivent au plus profond de la Creuse) un Bobo ne peut être que parisien. Si jamais ils viennent à en croiser? C’est qu’ils ont à faire à des touristes égarés, venus se montrer là, chez eux, du haut de leur suffisance de Bobos. Qu’on se le dise: vus hors de Paris les Bobos constituent un groupe d’individus répandus, qui circulent sans vergogne sur le territoire national ,mais qui ne prolifèrent jamais ailleurs que sur leurs terres d’origine finalement limitées aux vingt arrondissements parisiens. Qu’ils viennent de Lyon, de Dijon, d’Aix, de Montauban ou de Bordeaux, ils seront vus comme des bourgeois « si typiques de la ville ». Voilà tout.

On passera sur le fait qu’à Paris comme ailleurs un Bobo s’ignore toujours: il parle des Bobos sans jamais prendre conscience qu’il en est un. C’est sa marque de fabrique. De toute façon il ne les aime pas, ces individus qui vivent en ville et naviguent dans des sphères dites intellos ou artistiques (ok, on travaille dans la presse/la comm’/l’enseignement/l’édition/le théâtre ou la musique, mais, non, on n’est pas bobos, nous, hein !). Oui, il les conchie ces gens qui préfèrent le squash, le badminton ou la méthode Pilates aux si vulgaires football et autre Tour de France (comme nous, mais nous c’est pas pareil !). Il les fuit, ces drôles d’oiseaux qui consomment chez Naturalia ou chez des petits commerçants « très exigeants » plutôt que chez Leader Price ou chez Lidl, se font locavores et prônent une vie écolo, leur iPhone ou leur Samsung Galaxy toujours à la main. « Ah, ce qu’ils peuvent être énervants, ces bobos parisiens qui veulent faire comme nous, le téléphone et la prétention en plus!… » (ndlr : Comme chacun sait, d’où qu’il vienne tout être humain accro à son smartphone est incapable de reconnaître son addiction, sauf exceptions notoires dont je ne prétends pas faire partie !)

Bref, ami(e) parisien(ne) qui te sens concerné(e) par cette étiquette vaguement caricaturale, rassure-toi: non, tu n’es pas seul(e),  tu n’es pas livré(e) à toi-même dans ta grande capitale. Tu en trouveras ici aussi qui aiment écouter France Inter en mangeant des pousses de soja, tout en craignant de tâcher leur Tee Shirt The Kooples ou leur pull Zadig et Voltaire tandis qu’en fond musical s’égosille une obscure chanteuse guatémaltèque qui hurle bien plus fort que Lara Fabian et Céline Dion réunies mais qui a le mérite d’être appréciée par Télérama et les Inrocks. N’hésite pas, donc. Tu peux quitter sans inquiétude ta rue des Martyrs ou ton Canal Saint-Martin pour venir jusqu’ici, en Provence. Bien sûr, là comme ailleurs tu risques de croiser quelques beaufs en Marcel et en survêt’, toutes chaînes apparentes. Mais dans certains coins, je te l’assure, tu ne seras pas dépaysé(e); tu retrouveras tes semblables… et des bien plus exotiques puisque ceux-là auront l’accent qui chante!

Oh, tu les connais déjà, ces lieux où ils aiment se retrouver. C’est une certitude: le Bobo a bon goût! Il y a Avignon bien sûr, et son fameux festival, ses boutiques tendance, son raffinement légendaire. L’Isle-sur-la-Sorgue, ses canaux, ses brocantes hors de prix, son cachet indéfinissable. Le Lubéron: Gordes, Lourmarin… Les Alpilles: Maussane, Mourriès, Eygalières, Saint-Rémy-de-Provence… Et puis Arles aussi, la cité internationale de la photo où les gens comme toi adorent se retrouver à la fin de chaque été. La ville de Christian Lacroix et du Musée Réattu. Depuis peu celle de Benjamin Millepied. La capitale de la féria et d’un art de vivre tout à la fois chic et authentique, jamais ostentatoire. Sans oublier son marché du samedi (l’un des plus beaux de la région) qui regorge de superbes étals, visités par les Parisiens en week-end. Par les locaux aussi, beaucoup. Qui cherchent du Bio, quitte à payer le double. Plus loin il y a Cassis évidemment, Carry-le-Rouet. Et quelques quartiers de Marseille. Enfin, n’oublions pas Aix-en-Provence. La ville aux mille fontaines. Celle du Centre international de la Danse dirigé par Angelin Prejlocaj, et du flambant neuf Centre Caumont. Il y a quelques jours, j’arpentais les rues de la vieille ville que j’aime tant quand je me suis fait la réflexion: Aix est devenue une rue des Martyrs… en beaucoup plus grand! A vous faire vous sentir chez vous, dites donc! Presqu’autant que sur la Place du Forum ou dans les rues piétonnes d’Avignon.

Tu vois, ami(e) provençal(e), ta région aussi est le paradis des Bobos. Des touristes un peu trop envahissants? Ne sois pas de mauvaise foi, veux-tu? Tu n’es pas sans le savoir, Bobo est la simple contraction de « Bourgeois bohème ». L’individu en question n’est donc pas victime d’une infection chronique douloureuse. Il ne présente aucun caractère honteux non plus. Alors, admets-le enfin: le qualificatif « parisien » ici ne va vraiment pas de soi, du moins quand il est systématique. Il peut même sembler un poil méprisant, je te l’assure… Fais comme eux, plutôt: réjouis-toi de la beauté de ta ville, de sa richesse culturelle, de la qualité de ses échoppes, et de la douceur de ta vie si bien remplie. C’est vrai, Paris est la Ville des Lumières. Une ville magnifique, fascinante. Une ville aux 1001 musées, aux 1001 salles de concert, aux 1001 terrasses. Une ville dans laquelle, le plus souvent, on aime passionnément vivre, quand bien même un jour on vient à la quitter. Pour autant, reconnais-le, toutes les autres, les tiennes, celles que j’ai citées plus haut, sont sacrément belles aussi, non? Et riches. Et fascinantes. Addictives. Quand on a la chance de tenir dans ses bras l’une des plus belles femmes du monde pourquoi donc vouloir coûte que coûte critiquer sa sœur?… Dis-toi que les Bobos parisiens sont exactement comme ses équivalents aixois, arlésiens, ou avignonnais, la Tour Eiffel en plus mais le Théâtre antique, le Palais des Papes ou le Cours Mirabeau en moins. Tu l’aimes, ton Théâtre, ton Cours ou ton Palais, non? Alors… Tu vois bien…  Allez, match nul, la balle au centre, l’ami(e)! « Qui se ressemble s’assemble », qu’on nous dit depuis toujours. Et puis, comme le chantait autrefois ce chanteur pas du tout  bobo: « Aimons-nous vivants », que diable!

Signé : Un bobo entre deux rives.

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