Premier défi : l’accent… et les mots d’ici !

A décider de vous installer ici, il vous faudra maîtriser quelques paramètres qui, en simples vacanciers, vous échappaient un peu. Je reviendrai sur chacun d’eux au fil de mes posts. Parlons d’abord du plus visible, ou plutôt du plus sonore : le fameux accent. Celui qui chante, qui fait rêver. Celui qui fleure bon les vacances, le soleil, les cigales, la lavande et le pastis. Il faisait partie de votre décor en juillet-août? Rien qu’à l’entendre, vous bronziez déjà? Voilà que vous devrez le côtoyer même en novembre ou dans la froidure de février… Croyez-moi, cela change tout! L’air de rien, l’accent méridional, son appréhension (c’est-à-dire sa bonne compréhension) sera la première marche de votre intégration.

Simple, pensez-vous? Erreur! Car l’accent, ici, fait (souvent)000095973 partie du code génétique. On le revendique; on l’assume tellement qu’il arrive qu’on en joue. Qu’on le renforce. Si bien que, vous, petit nordiste fraichement débarqué, ne comprenez pas toujours ce que votre interlocuteur cherche à vous dire! Fut-il un proche. D’autant qu’un Provençal, ça peut parler vite, parfois! Ca rajoute des mots, voire des locutions entières, en un dialecte régional que vous croyiez connaître et dont vous vous apercevez soudainement qu’il est niché de mots incompréhensibles. Alors, forcément, vous, vous êtes perdus. Même un dico français-provençal n’y changera rien. Le Provençal est une langue bien trop vivante pour qu’on puisse la figer dans les pages d’un dictionnaire…

Passons sur les universelles « cagole », « peuchère » ou « Bonne Mère »… Il vous faudra apprendre ce que « degun » veut dire. Quand on vous conseillera de ne pas vous « encagner » avec quelqu’un vous sourirez bêtement. On vous conseillera de jeter vos « estrasses »? Vous sourirez encore. On évoquera la fille Machin qui est un vrai « cabestan »? Pas mieux. Même chose si on vous dit qu’Untel est « raspi »… A force de sourire autant on finira par vous demander si vous n’êtes pas un peu « ravi ». Alors vous sourirez encore.

De temps en temps, tout de même,  vous devinerez ce qu’on vous dira quand on vous parlera du cousin Machin qui est un « jobastre », de la fille chose qui est « tanquée » ou du Père Truc, un « peuchère ». Parce que, n’exagérons rien, vous avez un peu de culture provençale, tout de même! Même en venant de loin. Ca, évidemment, c’est grâce à la littérature, au cinéma. Comme tout le monde, on a grandi avec Pagnol, messieurs-dames. La partie de cartes, ça nous parle, à nous aussi. Cela fait même partie des bonnes raisons qui nous ont fait aimer la Provence, voyez-vous. Depuis tout petit. « Marius, tu me fends le cœur !… » Sans parler de « La Femme du boulanger » et sa fameuse, sa géniale scène : « Ah te revoilà, Pomponette! ».  Bon, d’accord, on vous fera remarquer que, depuis, il y a eu IAM, Massillia Sound System, l’OM, Mireille Mathieu  et Jean-Pierre Foucault…  Non, ni Mireille ni Jean-Pierre, ok. Bref, on vous conseillera de sortir de la carte postale. Pas de bol, vous, vous aimez ben les clichés! Alors, vous foncez. Avec délectation.

Mais revenons à nos moutons. Et au plus grand sérieux. L’accent, disais-je, vous devrez l’adopter, vous habituer. Je vous préviens, ça prendra un peu de temps. Au bout de deux ans et demi il m’arrive encore de faire face à quelques personnes que je ne comprends pas toujours, que je suis obligé de faire répéter. Bien sûr, ce n’est pas la majorité, mais cela donne parfois des conversations qui partent dans tous les sens. Rassurez-vous:  votre interlocuteur vous ramènera toujours dans la bonne direction. Vous répondez à côté; vous ne comprenez donc rien à ce qu’on dit ? Ah ces Parigots, toujours un métro de retard!

Jusqu’au jour où, par mimétisme ou parce que vous commencerez sérieusement à vous intégrer, on vous fera remarquer vos intonations qui chantent plus qu’avant. Ou quelques expressions du cru que – sans même vous en  apercevoir – vous glisserez dans la discussion. Là, forcément, vous vous direz: « Fatche de con, je deviens calu, ou quoi? Méfi, je vais les nifler. Vont croire que je touche pas canette!… »Ce jour-là, c’est sûr, vous aurez passer un cap.

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